L’examen neuropsychologique: comment se déroule le bilan ?


RTEmagicP_bd455ac8f0Article écrit par Jérémy, étudiant en 3ème année de psychologie. Merci à lui !

« N’allez pas consulter les dieux pour découvrir par la divination l’âme dirigeante, mais instruisez-vous auprès d’un anatomiste. » Galien.

La neuropsychologie peut être définie comme la discipline s’intéressant aux rapports entre le substrat cérébral et son fonctionnement. L’examen qui en découle vise à étudier en premier lieu le fonctionnement cognitif, affectif et exécutif. Le terme « neuropsychologique » laisse penser, à tort, que l’on ne s’intéresse qu’aux lésions, or les troubles de la cognition peuvent avoir pour origine, le contexte lésionnel, des pathologies psychiatrique ou encore dans le cadre de maladies chroniques. Cela pour dire que les compétences et les domaines d’exercices du neuropsychologue ne s’arrêtent pas au cadre des dommages neuronaux cliniquement observables.

Objectif général de l’examen: obtenir le maximum d’information en un minimum de temps sur l’état et le fonctionnement du système cognitif du patient. Sans oublier qu’il est préférable d’avoir peu de bonnes informations que beaucoup d’informations peu fiables.

Il peut être conduit aussi bien chez l’enfant (après 5 ans), que chez l’adulte jeune ou chez l’adulte âgé.

Il faut, pour le mener à bien, avoir une bonne connaissance du fonctionnement cérébral, une bonne connaissance psycho-pathologique, ainsi qu’une méthodologie stricte et rigoureuse, associée à une bonne connaissance de l’administration des tests, ainsi que de leurs constructions théoriques et statistiques.

Il se déroule en 5 grandes étapes :

1) L’entretien préliminaire : C’est la prise de contact avec le patient et l’étape la plus importante de l’examen, elle va orienter la passation des tests mais également l’ensemble des interprétations qui en découleront. L’évaluation cognitive commence déjà à cette étape. On prend connaissance de la raison de la visite, autrement dit, pourquoi fait-on l’évaluation ? Pour un diagnostic, orienter une rééducation, une réinsertion professionnelle, une expertise juridique ?

Il est nécessaire de prendre connaissance de tout ce qui pourrait influencer le fonctionnement cognitif : les caractéristiques démographiques, les antécédents médicaux, le mode de vie passé et présent, des examens antérieurs ont-ils été réalisé ? Si oui, quels résultats ?

C’est aussi l’occasion d’avoir une première idée de l’état cognitif du patient : s’exprime-t-il correctement ? A-t-il des problèmes de mémoire ? D’attention ? Quel est son rapport vis-à-vis de l’examen ? Est-il fatigable ? A-t-il une plainte particulière ?

L’ensemble de ces éléments vont orienter le clinicien dans ses hypothèses tout comme ils vont orienter le choix des tests à venir. Il s’agit de savoir ce que l’on peut faire avec le patient et ce que l’on peut évaluer chez lui. A la fin de cet entretien, le psychologue doit avoir une idée de la meilleure manière de procéder pour obtenir la meilleurs « photo » de l’état cognitif du patient.

2) La passation des épreuves : Souvent en deux temps. Dans une première partie, on effectue un examen généraliste, qui permet d’évaluer le fonctionnement global. Cela va permettre d’avoir une idée de ce qu’il va falloir ou non approfondir. Cela peut aussi orienter les interprétations qui découleront des autres tests, en regard des capacités générales. La seconde partie va être plus spécifique, on va approfondir ce qui va dans le sens de notre hypothèse, et vérifier que d’autres compétences ne sont pas touchées, en vue d’un diagnostic différentiel.

Il convient de rappeler que le test est un outil, et que le rôle du neuropsychologue n’est pas celui de technicien, il doit adapter ses choix en fonction de ses observations et des caractéristiques du patient, ainsi que des objectifs de l’entretien. Il faut que les propriétés métriques des tests soient adaptées au patient. Veiller à ce que la passation ne soit pas trop longue, car il ne faut pas oublier que c’est fatiguant pour le patient, d’autant plus lorsqu’il souffre d’un trouble cognitif.

3) Le recueil des données et l’analyse des résultats : Elle débute dès la passation des épreuves. En effet, on commence d’emblée par prêter attention à l’état du patient lors de la réalisation des tests, de ces mimiques, commentaires. On prend note des bonnes réponses mais surtout des mauvaises. Les erreurs sont-elles spécifiques, générales, toujours du même type ?. Les temps de réponse sont aussi des indices qu’il faut prendre en compte. Le tout étant d’adopter une observation intuitive pour éviter que le patient ne se sente « scruter », ce qui pourrait impacter les résultats.

Pour l’analyse maintenant, il faut déjà dire qu’un score brut n’a aucune valeur, il est nécessaire de prendre en compte, et la variabilité qui peut exister, et de replacer ce score au sein du groupe de performance du patient. Cela passe par la prise en compte des normes propres aux tests et de la manière dont il convient de les analyser. Les tests ne sont d’ailleurs pas toujours tous normalisés à toutes les populations. C’est au neuropsychologue de juger si ce test est adéquat pour son patient et de la manière dont il convient d’interpréter les résultats.

4) Le compte rendu : Élément fondamental de tout bilan, il s’agit de reprendre l’ensemble des informations obtenues durant l’entretien : renseignements généraux, objectif, demandeur, on peut y mettre les hypothèses qui ont orienté l’examen, un résumé des résultats, une interprétation claire et justifiée, un diagnostic possible et un diagnostic différentiel. Eviter les ambiguïtés, les résultats peu clairs, la sur-interprétation de faible différence, les dichotomies.

Le compte rendu ne doit pas nécessairement tout contenir, certaines informations peuvent être gardées pour le praticien, notamment les intuitions sans données, les termes trop spécifiques ou tout simplement les éléments qui n’ont d’intérêt que pour le neuropsychologue.

C’est un élément essentiel dans la pratique du neuropsychologue car il est et reste une profession qui s’inscrit dans un cadre pluridisciplinaire. Son avis et ses compétences s’ajoutent à celles d’autres professions et c’est ce qui fait la finesse d’un diagnostic.

5) Et après … : Selon l’objectif, il pourra être amené à revoir le patient. Il pourra également donner des recommandations thérapeutiques, ou encore organiser un suivi si besoin. Tout dépend de l’endroit où il pratique, de la manière dont il organise sa pratique et de ses compétences.

Sources :

-Chapitre 1, Elément d’une propédeutique de neuropsychologie, dans Neuropsychologie, Roger Gil, 5ème édition chez Elsevier-Masson.

-Article inspiré notamment des cours de Mme Christine Moroni, maître de conférences à Lille 3, et des cours du Pr/Dr Henrique Sequeira de l’Université Lille 1.

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